Dites aux loups que je suis chez de Carol Rifka Brunt

Greta et June sont chez leur oncle qui peint leur portrait. Il est atteint du sida et a peu de temps à vivre. Lors de son enterrement, un jeune homme reste en retrait. June se pose beaucoup de questions. Arrive un paquet où elle découvre la théière de son oncle et un petit mot. Va-t-elle vouloir rencontrer Toby ?

Un très beau et bon premier roman sur l’amour, les sentiments filiaux, la jalousie, la culpabilité mais aussi l’arrivée du sida et ce que cela peut entraîner au sein d’une famille qui n’accepte pas les relations homosexuelles.

Le sujet est complexe, dur, mais l’auteur n’y a mis aucun mélodrame mais pour nous décrire la vie de cette jeune adolescente, June, qui se retrouve à se rappeler les bons et les mauvais moments passés avec son oncle, Finn, mort du sida, mais aussi des moments familiaux, l’absence de complicité qu’elle ressent avec sa soeur et ses parents et aussi l’amitié qu’elle va éprouver pour le petit ami de son oncle, chez qui elle cherche des informations. Car, June, n’est pratiquement au courant de rien de ce qui s’est tramé, de ce qui se passe.

Je ne voudrais pas trop en dévoiler sur ce roman, c’est bien dommage. June est une jeune adolescente seule qui a perdu sa complicité avec sa soeur. Elle rêve de Moyen-Age et de vivre à une autre époque. Elle se lit très peu. Seul son oncle Finn trouve grâce à ses yeux car il est le seul à prendre en compte ses désirs, à partager des moments avec elles, à l’instruire. Mais au fil des pages, de ce qu’elle découvre, June va prendre conscience qu’elle peut avoir mal agi. Elle s’est laissée enfermer dans cette relation au détriment des autres. D’ailleurs, pourquoi ferait-elle des efforts, elle qui se considère différente, sans amis. Des efforts, elle en fera, lorsqu’elle découvrira, Toby, l’amant de son oncle. Un amant dont elle se sert pour en apprendre plus, dont elle découvrira le passé. Un homme qui sera là, malgré tout, pour elle et ceux de sa famille qui l’ont rejeté. Personnellement, je la trouve un peu trop dure quand elle fait le point sur elle. Elle est jeune, elle n’a que 13 ans, et à son âge, avoir l’attention d’un adulte, d’un membre de la famille, c’est tout de même important. Cela permet aussi de se construire, surtout que ses parents sont plutôt penchés sur leur quotidien de comptables, laissant souvent leurs filles seules. June en voudra également à sa mère pour avoir rejeté son jeune frère. Mais elle apprendra également pourquoi car il y a, également, un tableau en jeu. Un tableau peint par Finn représentant ses deux nièces. Un tableau qui sera également un lien entre elles deux, mais aussi entre la mère et June. June est très secrète. Sachant que ces rencontres ne plairont pas, elle agit seule, sans dire quoi que ce soit à sa famille. De toutes façons, elle se sent libre. Elle sait que ce qu’elle fait ne sera pas bien perçu, mais elle veut que son oncle revive avec les souvenirs, avec les échanges, car elle n’arrive pas à tourner la page. De toutes façons c’est trop frais. 

Seules, c’est le cas également de Greta. Au fil des pages, j’ai appris à la connaître. A première vue, elle n’attire pas la sympathie. Mais c’est une jeune fille chez qui ses parents, en particulier sa mère, ont placé tous leurs espoirs. Difficile à gérer pour cette jeune adolescente qui ne reconnait plus sa soeur, qui se défend comme elle peut. Mais malgré tout, elle a une belle âme.

Nous sommes en 1986. J’avais, pour ma part, 18 ans. Et le sida fait son apparition. A cette époque là et même après, j’en ai beaucoup entendu. Ce que j’ai lu dans ce roman n’est pas nouveau pour moi c’est ce que j’ai pu lire, écouter. Les gens jugent sans savoir. Ils s’improvisent médecins, justice. Ceux qui ont le sida sont des dépravés, ils sont artistes et homosexuels. Ceux qui en meurent ont été tués par leur compagnon. Alors, oui, toutes ces réactions sont choquantes. Mais c’est l’être humain. Malgré les engagements d’artistes, les fonds récoltés, pour que la société change son regard sur les drogués et les homosexuels, il en faudra encore beaucoup d’années. Surtout que de nos jours, avec les applications et sites de rencontres, les jeunes ne se protègent pratiquement plus. Les MST et le VIH augmente. Cela a donc servi à quoi, tout ça. Par contre, dans le roman, même si l’opprobre est dans la famille, les gens qui vont savoir que Finn est mort du sida ne jugent pas. C’est comme si c’était un évènement qu’il fallait raconter. « Je connais quelqu’un dont l’oncle, le frère est mort du sida ». Il semblerait qu’ils veulent en savoir plus.

Nous avons également une explication sur le nom du tableau qui est donc celui du roman. Je ne donnerai pas celle de l’auteur mais la mienne. Elle vaut, bien entendu, ce qu’elle voit. Mais c’est mon ressenti à la lecture de ce roman, sur un sujet difficile mais dont j’ai tourné les pages sans m’ennuyer. Dites aux loups que je suis chez moi s’adresserait-il à tous ceux qui sont contre les homosexuels atteints du sida, qui ne savent rien concernant cette maladie, qui renient, qui ne veulent pas comprendre ?

Même avec les nombreux thèmes développés, le roman finit sur une belle note d’espoir. Tout le monde peut changer et une famille, qui semble, se disloquer, peut se retrouver. Une très belle leçon d’humanité.

Dites aux loups que je suis chez moi de Carol Rifka Brunt

date de sortie : 13 mai 2015

Editeur : Buchet Chastel

ISBN : 978-2-283-026669-4

Nb de pages : 492

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