Son of a gun de Justin St. Germain

Son of a gun de Justin St. Germain – Source Presses de la Cité

Justin, 20 ans, rentre à son appartement et il apprend, par son frère que sa mère est morte assassinée.

Commence alors une quête de peur, d’interrogations, d’incompréhension, de colère, quant au meurtrier de sa mère qui n’a pas été retrouvé.

Son of a gun représente pour moi plusieurs symboles. Au départ, je ne sais pas pourquoi mais j’avais toujours le mot Song dans la tête. La chanson, oui, car l’arme quand elle se déclenche peut faire un bruit mais certainement pas une chanson. Son of a gun représenterait, pour ma part, le fils d’une personne assassinée par arme à feu, ce qui est le cas dans le roman et surtout aux Etats-Unis où comme le précise l’auteur les gens tués par arme à feu son légion. Son of a gun peut avoir une autre consonance. Dans ce pays où les armes sont légion, voire dans toutes les familles, les enfants, sont, dès leur plus jeune âge, au contact des armes à feu. On leur enseigne le tir, voire plus.

Je comprends la quête de Justin St. Germain. D’ailleurs, même avec sa longue enquête, finira-t-elle jamais ? Car rester dans le doute sur l’assassinat de celle qui l’a mis au monde et dont il ne connait pas le mobile de l’assassinat, cela doit être extrêmement difficile à vivre et surtout comment passer à autre chose. Ah bien sûr, il y a la vie, les amis (et il en a), la famille (qui semble le soutenir), les femmes, mais que faire quand on ne sait pas, quand les rêves sont continuels, quand les doutes sont toujours là ? Et il y a également la perte de l’odeur, de l’image de la personne que l’on a aimé et à qui on n’a pas assez dit je t’aime. Tout ce qu’il a compris depuis la mort de sa mère, il ne pourra pas le partager avec elle, il ne pourra pas la mettre en garde contre les hommes, il ne pourra pas lui dire merci pour tous ses sacrifices et il ne pourra pas lui dire qu’il l’aime et qu’il sait tout ce qu’elle a fait pour eux, même si elle était indépendante, même si elle jouait à la victime. Bref, elle était une mère avec ses nombreuses qualités et ses défauts. La violence est toujours sous-jacente même si des fois les coups pleuvent. Une violence physique mais aussi morale. Solitude, abandon. Sa mère n’a pas accompli ses rêves. Elle s’est sacrifiée pour ses enfants, mais a vécu sa vie de femme, de nomade. Aurait-elle vraiment voulu se fixer au lieu d’être itinérante, à toujours courir par monts et par vaux comme elle l’a fait ?

Je n’ai pas trouvé que cette autobiographie soit une forme de thérapie pour Justin St. Germain. Si ses prochains romans sont de cet ordre, le lecteur  ne le laissera pas tomber car son style est fluide, il sait manier présent et passé, les faits historiques (les évènements à OK. Corral) et de nos jours. Il a des mots sans complaisance pour décrire les êtres, son père, les hommes de sa mère et surtout lui-même, les paysages, les choses. Justin nous montre toute sa colère, il s’attend toujours au pire, il voit de l’injustice partout. Il essaie de ne pas penser à elle mais c’est trop dur. Il se ment à lui-même, comme aux autres. A-t-il enfin accepté ce passé pour être enfin libre ?

Avec en toile de fond le 11 septembre 2001, je vois un écho sur un pays qui n’a pas su protéger ses habitants et un meurtre qui n’a pas pu être élucidé car la police n’a pas tenté de rechercher celui qui semblait le principal suspect, à savoir le mari de Debbie. En plus, je trouve horrible et ignoble le fait que les enfants n’aient pas été avertis par la police, qu’ils ont dû attendre avant de se rendre sur les lieux, organiser les funérailles. Justin St. Germain nous détaille tout, selon ce qu’il se rappelle, ce qu’il a noté. Et comme il le dit lui-même, chacun a sa propre mémoire. Mais il fera comme si la sienne est la simple vérité.

Dans ce livre, il y a comme une forme d’interrogation. Peut-on prédire le destin ? Justin et sa mère étaient fortement liés. Ils estimaient que par la pensée l’un et l’autre pouvaient communiquer. Ce qui n’a jamais été le cas. A-t-il vraiment rien ressenti à la mort de sa mère ? A-t-il mis en place son propre mécanisme de défense dû à la peur ? Il nous déroule tous les faits tels qu’il les a vécus, les lieux du crime, les objets récupérés, les souvenirs, l’enterrement. Il nous raconte son impuissance, sa façon de s’auto-détruire. On a l’impression qu’il reproduit le schéma familial.

Merci aux Presses de la Cité pour leur confiance.

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