Le monde d’Hannah d’Ariane Bois

Le monde d’Hannah – Ariane Bois – Source J’ai Lu

Nous sommes à Paris, Hannah a 9 ans. Elle est très brillante à l’école mais elle n’a pas d’amies.

Une fille un peu plus grande qu’elle lui plait beaucoup. Après quelques jours, Suzanne, Suzon la rousse, l’accepte et cela va être une très belle histoire d’amitié entre ces deux filles amplement différentes.

Mais la guerre va passer par là. Hannah devra partir. En revenant, elle grandira sans son père, se lancera dans la vie active jusqu’à ce qu’elle découvre une partie de la vérité.

En peu de semaines, j’ai enchaîné trois romans traitant d’une période qui me bouleverse à chaque fois, la Deuxième Guerre Mondiale et le traitement réservé aux Juifs. Comme pour les précédents, ce sont des Juifs ayant des racines en Turquie. Mais dans ce roman, ils ont également des racines espagnoles. Le parallèle peut s’arrêter là, même si on retrouve, à chaque fois, l’indicible, l’horreur et surtout ce silence de ceux qui ont vécu cette guerre, la déportation et perdu une famille. Je ne m’en remets jamais de ces histoires. Parce qu’il ne faut surtout pas oublier ce qu’ils ont vécu. Le devoir de mémoire a été trop long à être mis en place et même si nous sommes en 2014, ce devoir doit rester pour que les générations futures ou les enfants qui commencent à grandir sachent ce qui s’est passé et que la montée du nazisme, de l’antisémitisme est intolérable, même maintenant.

Hannah vit au sein d’une famille juive. Son père et sa mère se sont mariés mais ils ne s’aimaient pas. Ils sont venus à Paris car son père est un homme érudit et c’est là que leur petite fille naît. Le départ du papa d’Hannah va plonger la famille dans le désespoir. Mais il reviendra et la guerre va arriver. Ils vivent dans un quartier où ils n’ont pas beaucoup d’argent mais où les gens s’entraident comme ils le peuvent. L’étoile jaune, le départ pour ne pas se mettre en danger, le retour en France dans un paysage de désolation où tout est rationné, où nombreux sont ceux à ne pas revenir. Comment vivre dans ces cas-là ? Comment continuer à avancer même si on retrouve sa meilleure amie et que l’on fait tout pour réussir à l’école.

Hannah se sent investie d’une mission. Que son père, qui n’est plus là, soit absolument fière d’elle. Qu’elle réussisse ses études et qu’elle ait un bon poste. Ce sera le journalisme et de nombreuses missions à l’étranger, sans oublier son passé car elle pense toujours à la guerre, à cette absence qu’elle ne supporte pas. Car Hannah se juge responsable. Et si Hannah est malheureuse, elle ne sait pas que son père l’était tout autant car il n’arrivait pas à la protéger. Ariane Bois sait très bien mettre les mots sur ce que peut ressentir cette enfant, devenue une jeune femme. Sans avoir pitié d’Hannah, on prend fait et cause pour elle, car comment aurait-on réagi . Hannah est une des seules à vouloir connaître la vérité. Ah bien sûr, elle n’en parle pas, elle garde tout au fond d’elle. Jusqu’à ce que tout s’effondre et qu’elle ne puisse plus continuer. On comprend qu’elle veuille mettre fin à ses jours.

Pour ne pas faire de spoiler, je ne dévoilerai absolument pas la fin du roman. Mais l’auteur a su nous distiller ces petites informations au compte goutte et surtout ce malaise grandissant d’Hannah. Trouvera-t-elle enfin la paix qu’elle recherche . Arrivera-t-elle à moins souffrir surtout ?

Avec des faits bruts, sans fioritures, Ariane Bois démontre que la peine est immense, que ceux qui ont tout perdu ont du mal à vivre avec ce souvenir, qu’il leur manquera toujours quelque chose, que l’enfance, que la vie ont été anéanties. Pour moi, ces mots sont bouleversants, tout comme ces destins. Même si on retrouve, bien souvent, les mêmes faits, les auteurs ont toujours une histoire à raconter, surtout cette belle histoire d’amitié entre deux petites filles dissemblables, qui s’épaulent. Grâce à Suzon, Hannah prend de l’envergure même si l’amitié de Suzon est exclusive, elle ne veut personne entre elle et Hannah. D’ailleurs, cette dernière ne lui racontera pas tout, pour éviter de la blesser. Une histoire qui tentera de perdurer malgré les aléas de la vie, malgré les changements de caractère, malgré les familles, les histoires de l’une et de l’autre.

J’avais déjà apprécié le fait, comme j’ai pu le dire dans d’autres livres, le détail de la vie des Juifs en communautés, en quartiers. Ils sont déracinés, ont la nostalgie de leur pays. Nous avons également une bonne partie histoire avec des chiffres, la vie en ce temps-là, comment ils l’ont vécu et un rappel de tout ça est important et fait du bien également pour se souvenir. Cette histoire est réellement bouleversante et nous pousse vraiment à toujours nous interroger sur ces drames.

Merci aux Editions J’ai Lu pour ce magnifique roman.

Publicités

One thought on “Le monde d’Hannah d’Ariane Bois

Un petit avis ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s