Taches d’encre de Martine Dillies-Snaet

Editions Chloé des Lys

L’avis de Christian

On n’entre pas dans ce monde sans décor – à peine un mont de Flandres, un vieil hangar de ferme, l’ombre d’un mur… – sans être troublé d’emblée. Monde tout intérieur, intime même, mais pas secret, non, ouvert au visiteur, au voyeur.

Car c’est dans l’âme de Martine que vous pénétrez en lisant Taches d’encre : 56 poèmes intimistes, 56 cris d’amour ! Son cœur débordant ne peut le contenir, cet amour qui l’épanouit jusqu’à l’étouffer, la transporte jusqu’à la transcender, lui fait mal d’être trop grand, trop humain, trop heureux : il faut qu’elle le dévoile, le partage, l’offre sans calcul, sans arrière-pensée.

Un recueil rayonnant d’amour, physique ou rêvé, réel ou virtuel, toujours tendre et passionné.

Cœur de mère, cœur d’épouse, cœur d’amante, si Martine est femme jusque dans la plus infime de ses fibres, elle est aussi poète, l’héritière des Louise Labé et autres Marceline Desbordes-Valmore. Son vers est bien rythmé, musical. Sa phrase est rigoureuse, jusque dans la fantaisie. Son verbe, si juste même lorsqu’elle l’invente, accroche.

La gêne de la voir se dévoiler un peu plus à chaque page – mais avec quelle décence ! – cède vite le pas à l’admiration. L’émotion nous envahit et le charme opère. Du début de la lecture jusqu’au terme, on a l’impression de goûter au fameux vin herbé de la légende. Et c’est bon : une bouffée de saine haleine humaine ! Rien de noir dans ce recueil : la souffrance n’y détruit pas le bonheur, elle en souligne l’éclat, la richesse…

Oui, un petit coup de blues ou de nostalgie parfois, un petit coup de gueule aussi, vite effacé, vite oublié.

Mots clés ? Amour, Tendresse, Offrande, Abnégation, Ecoute, Respect… les clés du bonheur, en somme !

QUELQUES EXTRAITS

Je voudrais jouer des musiques slaves

Te couvrir de la douceur de leur chaleur

Et te recouvrir de leurs passions contenues.

Je voudrais murmurer des mots graves

Te donner le doux, l’impossible…

T’offrir, quand tombe le soir, l’inaltérable tendresse…

***

Regarde mes mains ! Mes mains sont vides :

Elles s’offrent à toi en calice.

Et vois cette coupe,j’y ai déposé

Une larme de pluie ;

La goutte a la couleur de mes yeux,

La forme de mes lèvres en sourire,

L’odeur de mon parfum,

Le goût salé de mes larmes,

Et elle frissonne au son de ta voix.

***

Elle est là, la destruction humaine.

L’homme la porte en lui.

Il lui faudra mettre un genou en terre

Et apprendre à demander pardon.

***

J’étouffe de lui, sans lui ;

Il périt de moi, sans moi.

***

Le temps a durci mes traits, mes verbes.

Les départs ont creusé mes rides.

Ont éclairci mes yeux

Des larmes qui ne coulent pas.

Tendresse s’en est allée. M’en souviens plus.

Là, on ne te croit pas, Martine.

***

Dans le vide de mon corps, je voudrais que tu y verses un peu de cette eau de toi.

Couleur neige, elle porterait en elle tout ce qu’elle aurait puisé en toi.

De toute mon intimité, je la recouvrirais toute, je la protégerais…

Et j’aurais eu ce bébé de toi.

***

Mon Nord, c’est le ciel infini de gris

Nuances qui font murmurer les lèvres

Au son du vent de nos plaines

Au rythme d’un accordéon fatigué.

***

J’écrirai pour vous

Les mots qui restent au fond de la gorge

Je dessinerai

Les phrases qui descendent la cascade du sanglot.

Je burinerai

Sur vos lèvres les murmures du cœur

Si vous le voulez.

On le veut, Martine, on le veut.

***

Martine est heureuse. Savez-vous pourquoi ? Non ?

Non ?

Eh bien…

Eh bien ! C’est confidentiel !

Lisez Taches d’encre pour connaître la réponse !

En tout cas, Chloé des Lys a la chance de la compter parmi ses auteurs.

Bravo, Martine !

L’avis de Bob Boutique

Je l’ai déjà dit et le répète, rien n’est plus impudique qu’un recueil de poèmes. Lire des poèmes, c’est… comme si on regardait par le trou d’une serrure dans l’âme de quelqu’un. Avec son accord sans doute, mais quand même… Je suis toujours un peu gêné lorsque je referme le livre.

J’aime bien son titre « taches d’encre » et préfère curieusement le verso au recto. La couverture nous montre une statue représentant deux amants sans plus. Au verso en revanche, on trouve à côté de la photo de l’auteure, une courte biographie et un petit texte que je trouve vraiment chouette !

Vous avez le livre en main, c’est bien ! Surtout ne le déposez pas tout de suite ! Pour une fois que vous prenez un livre de poésie en main. Ce livre est un livre à prendre, à feuilleter, à corner, à déposer, à reprendre, à laisser traîner… un peu comme on dépose le long de son chemin les vieux objets aimés. Que c’est joliment dit.

Quant à la tranche, elle est illisible. Autres petits regrets : pas d’adresse mail, ni d’adresse de site pourtant bien utiles.

Pour le reste, c’est un objet convenable, bien imprimé. Mais ce qui compte, ce sont les soixante poèmes qui s’y trouvent et se lisent comme de la prose, avec des textes d’une simplicité extraordinaire, directs, vrais, tendres, murmurés et toujours à la limite de la passion.

Le thème : l’amour.

En gros, Martine Dillies-Snaet aurait pu nous recopier le verbe aimer à tous les modes et tous les temps ( indicatif, subjonctif, conditionnel… sans oublier le gérondif ) et elle aurait bouclé son recueil en s’épargnent bien du travail.

Pas une page, pas un paragraphe où ne reviennent des mots comme ‘aimer’ ‘vivre’, ‘tendresse’, ‘sourire’, ‘femme’,’homme’,’toi’, ‘douceur’, ‘caresse’ et ‘sentiment’. Ce sont les couleurs pastel qui forment sa toile, avec toutefois quelques grosses taches d’encre rouge ou sombre pour la sensualité, omniprésente, et la complexité des sentiments. Car aimer, n’est pas une chose aisée.

Aimer, c’est aussi garder une part de mystère : ne pas enfermer, laisser le rêve libre, Mon nuage, c’est mon voyage et sans lui je ne peux vivre…

Aimer, c’est encore rester fidèle : Elle est déjà liée, lui aussi est attaché. Pas de liaison, ne faisons pas l’con.’, ‘Ce sont les clandestins, des couples sans matins, sans soirées, sans lendemains, les voleurs d’ombre. Aimer, c’est la difficulté de vivre ensemble : Ensemble à se déchirer, à se rejeter, s’arracher, s’attacher…, J’ai pris le risque de t’aimer…
Aimer, c’est se réinventer chaque jour : La femme à conquérir, toujours. L’homme à retenir… c’est dur !, Oh que j’ai mal d’indifférence..

Et puis les corps ! Martine en parle avec une finesse qui m’émeut. Car on sent, sous les symboles et les images poétiques, une crudité qui m’interpelle. Et dieu sait si sur ce plan, je suis capable de vulgarité gratuite.

Envie de sentir l’étendue de ta délicatesse

Se déposer sur mon ventre consentant
Et de découvrir la profondeur de ma tendresse
Pour t’en recouvrir, homme aimant.

Quand les reins se cambrent
Quand nos corps se mettent en prière

Je-suis-vêtue-je-suis-habillée !

En silence, je te crie, je te hurle : TOU-CHE-MOI !
Déshabille-moi ! Chuuuuut !

Tout est-il de la même eau ? Non. Il y a aussi quelques thèmes différents et même (c’est forcé ) quelques vers que j’ai moins aimés ou pas très bien compris. Comme ces poèmes de Noël par exemple, mais là c’est certainement le bouffeur de curé qui parle.

Citons en vrac parmi mes préférés : Et attendre un peu, C’est confidentiel et surtout Ik houd van toi dont on a déjà parlé sur ce forum. Car je m’étais vanté imprudemment de pouvoir le mettre en musique, oubliant qu’il s’agissait de vers libres, donc difficiles, sinon impossibles à mettre en couplets.

Je n’ai jamais rencontré l’auteur, mais j’ai l’impression après avoir lu son recueil, que je la connais déjà un peu et que les préliminaires ne seront plus vraiment nécessaires lorsque nous nous ferons connaissance. J’ai vu ses taches d’encre et tout psychologue vous dira que les interpréter, c’est se dévoiler.

L’avis de Carine-Laure

 » Taches d’encre », c’est nonante pages qui vous jettent au visage des flaques d’émotion ; nonante pages pleines de maturité qui nous crient :
 » réveillez-vous, vous qui dormez sur le doux matelas de l’indifférence, ouvrez les yeux et regardez la vie ! Aimez-la sentez-la ! Aimez les autres »!

Avec ses mots tantôt dissipés en puzzle tantôt dans l’ordre et la juste rime, Martine Dillies-Snaet nous réchauffen et nous refroidit en même temps …Ces textes-là, on ne peut les lire et rester arrimés aux berges de l’indifférence. Ces textes-là ne cheminent pas, ils sillonnent nos coeurs et labourent nos corps, avec à la fois de la force et de la sensualité.
De tous ces mots, deux transpercent chaque page : AMOUR et VERITE.

Ce professeur de mathématiques, lauréate de nombreux concours de poésie ne compte pas les gifles qu’elle nous claque au visage pour donner de la vue à nos yeux , de l’amour à nos coeurs et de la vérité à nos paroles !

L’amour se lit s’étend se lie à chaque phrase, l’amour avec un grand A, l’amour universel…L’amour de sa terre, une terre paysanne qui fume de la sincérité et la valeur des belles âmes humaines…L’amour de la famille ! Les mots – cadeaux gâteaux qu’elle envoie vers ses enfants sont des leçons de vie glissées tout en douceur sans jamais moraliser entre couleurs et poupées, entre force et vérité.

On lit ces textes et on fait un retour sur soi-même. On se pose les questions essentielles de la vie!

 » taches d’encre », c’est un livre de poésie facile à lire, difficile à faire rebondir dans notre quotidien…Alors on lit, on relit et relit encore…

Une couverture frôlant « l’origine de la vie » de G Courbet, une originalité dans la mise en page, des lettres au caractère docile captent notre attention et ne nous essoufflent jamais !

L’auteur ose les dialogues et ça, c’est « Ploegsteert  » rare en poésie !

 » Taches d’encre « , ça veut dire pour moi :  » Détache l’ancre, lève -la ! » L’ancre ?? Oui, l’ancre alourdie par le poids de nos incertitudes, de nos indifférences, de nos hésitations !

 » détachons l’ancre  » de tout ça et, à l’instar de Martine Dillies-Snaet, disons « je t’aime » tout de suite et maintenant …On a trop peu de temps à être !

Chers amis, je ne vous demande pas SI vous lirez ces poèmes de vie et d’essence des sens, je vous demande QUAND ?

Une réflexion sur “Taches d’encre de Martine Dillies-Snaet

  1. Après avoir lu ces poésies, j’avais d’abord écrit :
    Taches d’encre a occupé une partie de mon retour en train de B… car je n’ai pu terminer qu’ultérieurement. On y rencontre une âme et rien n’indiffère. Pour quelques poèmes , j’ai dû les relire plusieurs fois : sens riche.

    Je reviens aujourd’hui sur un aspect particulier de cet univers poétique : sa manière de mettre en scène l’homme et spécialement l’homme dans l’amour, cette tentative de Martine pour cerner l’éternel mystère de l’altérité.
    D’abord elle note que l’homme devient homme par une femme (« Apaisement »), puis – avec justesse – que l’amour fou de l’homme engendre chez lui le désir d’enfant avec la femme aimée (« Bâtir une vie »). Elle croit par ailleurs déceler chez lui la profondeur du manque, qui n’a d’égale que le sien (« Etouffer »).
    Tiens, les deux amants auraient-ils quelque chose en commun ? Petite victoire sur la condamnation à être deux, deux différents, comme nous le dit le mythe d’Aristophane.
    Surtout, dans beaucoup de poèmes l’auteur insiste sur la quasi impossibilité pour l’homme de formuler l’amour (« Je n’avais pas oublié » « La cadence » « OGM d’ADN »…), l’homme, ce taiseux des sentiments dont on ne peut saisir (pour le comprendre ?) que quelques expressions : voir [ses] yeux [le] troubler (« Oser »), [le] sentir vibrer » (« Pour toi »).
    Martine discerne, au-delà des mots ce que peut ressentir un homme qui jamais ne pourra posséder une femme totalement, cette difficulté à admettre l’altérité de l’autre (« Lettre au père…. »). La compréhension passe donc par le corps seul, quand [les] corps se mettent en prière » (« Pour toi »), quand les yeux [de l’homme] se noient dans la tempête de vaques de [l’] ivresse [d’elle] (« Tes yeux couleur émeraude »).
    L’homme, fragile, avec sa nécessité du rêve, à vivre comme à donner à vivre « Tenue de lumière »).
    L’homme enfin qui, lui, a toujours besoin d’être rassuré par des mots (« Je veux que vous m’écriviez »), toujours inquiet de savoir où elle est, qui elle voit (« Cette histoire-là »).

    Beaucoup d’amour dans cet effort de compréhension de la part de l’auteur, beaucoup d’émotions passant dans cette langue. N’est-ce pas l’essence, le but de la poésie

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